-/        
Je veux me rendre à la page .

De plumes et d'ombres

par Ichnos

Commencer la lecture

Attention, ce récit utilise sons et animations. En savoir plus sur Dreams.

Plongés dans l'ombre de leur épais feuillage, les arbres noueux de la forêt au nord des Flèches d'Arrak prennent un aspect parfois fantasmagorique. La progression n'y est pas simple, même pour un Rangari expérimenté, tant le danger semble omniprésent.

Ichnos avance pas à pas, à l'affût du moindre mouvement suspect. Chaque tronc, chaque branche, chaque racine semble être la cachette d'une créature de l'ombre prête à bondir.

L'obscurité s'épaissit au fil de son avancée. Les quelques rayons de soleil qui peinent à filtrer lui permettent difficilement de répérer son chemin.

Arme à la main, le draeneï garde une posture défensive. Le silence est oppressant. Il scrute la végétation environnante.

Une faible lueur attire son regard. Un curieux chapelet est accroché au tronc amputé d'un arbre mort, sur lequel est attachée une perle qui brille tel un soleil miniature.

Ichnos se rapproche.

La lumière mouvante l'intrigue, l'hypnotise.

Il se penche pour l'observer de plus près. Des ondulations noires font une vive apparition mais sont rapidement effacées par les puissants courants lumineux.

Le draeneï fait un mouvement de recul. Cette énergie ténébreuse, bien que fugace, le repousse autant que l'attire la lumière.

Ichnos reste un instant face à la perle, hésitant.

Sa main se rapproche doucement du bijou. Il peut sentir la douce chaleur qui s'en dégage.

Un étrange mélange d'apaisement et de malaise commence à envahir son esprit.

Il sait qu'il devrait être méfiant, mais il ne peut arrêter son geste.

Enfin, ses doigts touchent la perle.

Une lumière aveuglante jaillit brusquement. Ichnos se couvre les yeux. Lorsqu'il les ouvre à nouveau, la forêt est métamorphosée.

Les arbres forment à présent un cercle autour du draeneï, troncs et branches entremélés, comme pour l'empêcher de fuir.

Le sol n'est plus que terre aride, dénuée de toute végétation.

Une orbe lumineuse flotte à quelques mètres de hauteur, baignant l'arène dans une lumière vive et chaleureuse, qui refuse d'aller au-delà des arbres en bordure. Le ciel au-dessus d'elle n'est plus qu'un épais brouillard.

Le Rangari se rapproche d'un interstice entre deux troncs. Il cherche à voir ce qui est caché. Il ne voit que des formes dans l'ombre, mais il arrive à distinguer certains visages. Des visages au bec crochu et aux yeux absents. Tous sont immobiles, le regard vide dirigé vers l'arène.

Ichnos se retourne. Une créature est dans l'arène. Le visage ressemble à ceux qui sont derrière les arbres. Le même bec, la même absence de regard. Le corps est difforme et couvert de plumes.

La créature ne bouge pas. Le draeneï reste méfiant, il se tient en posture de combat, prêt à se défendre.

Le silence s'installe dans l'arène pendant quelques secondes, puis la créature attaque. Son bec laisse échapper un cri de cauchemar alors qu'elle attaque avec les serres monstrueuses qui lui servent de mains.

Elle se déplace rapidement malgré une démarche vacillante. D'un geste vif, le Rangari frappe avec sa lance lorsque la créature est à portée, perforant son épaule. Le volatile disparaît dans un nuage de plumes noires qui se désagrège, ne laissant guère que quelques grains de poussière.

Ichnos est surpris. Il s'apprête à inspecter le sol quand un autre cri l'oblige à se retourner. Une créature, en tout point semblable à la précédente, a pris place dans l'arène.

Elle attaque sans attendre, mais la lance du draeneï vient à nouveau châtier la créature qui disparaît de la même façon.

Ichnos n'a pas le temps de reprendre son souffle qu'une troisième créature, toujours identique, vient s'empaler sur son arme.

Puis une quatrième... Une cinquième... Une sixième...

La fatigue commence à prendre le dessus. Il a perdu le compte, mais il sait qu'il ne tiendra pas éternellement.

Du regard, il fouille les arbres, les branches, le sol, le ciel... Tout en combattant, il cherche désespérément une issue.

Rien... Rien de rien.

Il est épuisé. Le flot incessant de créatures ne lui laisse presque aucun répit.

Acculé sur le bord de l'arène, le dos appuyé contre les arbres, Ichnos se prépare au prochain assaut. Ses jambes peinent à le tenir debout.

"L'ennemi n'est pas toujours celui que l'on croit."

Une voix vient de chuchoter ces mots. Ichnos risque un regard derrière lui, mais il ne voit que des ombres.

"Pas celui que l'on croit ?" répète le draeneï.

Il n'y a pas de réponse. Le Rangari tente de résoudre cette énigme en se débarrassant péniblement d'une nouvelle créature.

Il ne comprend pas. Il voit tour à tour ces créatures se jeter sur lui. Les repousser devient de plus en plus difficile. Il observe à chaque victime leur noir plumage disparaître en l'espace d'un instant.

"Les plumes... Elles ne reflètent pas la lumière."

Ichnos relève la tête. Son regard se pose sur l'orbe lumineuse.

"C'est ça !"

Il attrape une hachette accrochée à sa ceinture. Usant de ses dernières forces, il se propulse en avant, tuant une créature de la main gauche avec sa lance, puis lance la hachette de la main droite en direction de l'orbe.

Alors qu'il perd l'équilibre, l'arme de jet percute l'orbe qui éclate en une multitude de morceaux semblables à du verre.

L'arène est plongée dans les ténèbres. Ichnos est à terre, il ne voit rien. Il entend à nouveau la voix qui lui parle.

"Méfiez-vous de la lumière. Séduisante, puissante mais aveuglante, elle peut devenir votre ennemie. L'ombre, alors, devient votre seule alliée et votre dernier refuge."

Le voile obscur se lève. La forêt a retrouvé son aspect d'origine.

Plus d'arène, plus de barrière végétale, plus de créature. Il est au pied de l'arbre mort. La perle est toujours là, mais la lumière n'est plus.

Le draeneï se relève, difficilement. Il se rend compte que sa hachette est toujours à sa ceinture.

Il arrache le chapelet et observe la perle au creux de sa main, noire et lisse comme la plus belle des obsidiennes.

Nul doute que Siopi l'adorerait.

Ichnos ferme le poing. Il serre jusqu'à sentir la perle se briser dans sa main, puis jette le reste du chapelet à terre.

Cette fois, il ne ramènera pas de présent à la Lieuse d'âme.

Tandis qu'il repart, il ne remarque pas que derrière lui, dans l'ombre, une serre monstrueuse s'empare du chapelet pour le remettre à sa place, accroché au tronc de l'arbre mort.

La perle a retrouvé son intégrité et sa lumière. Elle attend le prochain voyageur.