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D'une pierre deux coups

par Ichnos

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Attention, ce récit utilise sons et animations. En savoir plus sur Dreams.

Dans le grand silence qui caractérise actuellement le hall, Ichnos attend. Il doit être reçu par l'un des artificiers du Génédar.

Il est assis près de la porte de son laboratoire, le regard perdu dans une curieuse gemme rubiconde.

Le vaisseau draeneï est actuellement posé sur une planète inconnue. Ichnos fait partie des explorateurs envoyés sur le terrain pour déceler les ressources et les dangers, qu'il s'agisse ou non de la Légion Ardente. Il en a ramené cette petite pierre, qui a pour particularité d'émettre une faible chaleur.

Rien qui ne puisse brûler quelqu'un, à en juger par l'aisance avec laquelle le draeneï la manipule, mais aucune éventuelle source d'énergie ne doit être négligée.

Après tout, s'il doit repartir, nul ne sait quand le Génédar sera capable de se poser à l'avenir.

Les minutes passent sans bruit, puis le silence est brisé par la démarche sautillante d'une petite fille.

Elle chantonne en traversant le hall, quand soudain son regard se pose sur la gemme qu'Ichnos fait tourner entre ses doigts. Elle se rapproche sans même croiser son regard.

"C'est joli ! Qu'est-ce que c'est ?"

Elle ne lève toujours pas les yeux.

"Je l'ignore, c'est pourquoi je suis ici."

La petite fille ne semble avoir qu'une seule envie, celle de lui prendre la pierre des mains.

"Ca vient d'où ? Je peux en avoir une ?"

Cette fois, elle lève les yeux comme pour implorer Ichnos.

"Elle vient de ce monde, dans les cavernes que l'on voit à l'ouest d'ici. Je n'ai que celle-ci, elle n'est pas pour toi.", répond Ichnos, impassible, cachant la pierre dans son poing.

La jeune draeneï fait une moue et reprend son chemin, se retournant à intervalles successifs dans l'espoir d'apercevoir une dernière fois le trésor rouge vif.

Tandis qu'elle disparaît dans les couloirs du Génédar, la porte du laboratoire s'ouvre enfin.

"Merci d'avoir attendu, Ichnos."

L'artificier l'invite à entrer. De nombreux instruments jonchent les tables du laboratoire. Bien qu'il soit lui-même fils d'artificier, Ichnos ne connaît pas l'utilité de la moitié d'entre eux.

L'explorateur draeneï pose la pierre sur un coin de table.

"Je l'ai trouvée dans les cavernes, à l'ouest. J'ai remarqué que cette pierre émet un peu de chaleur, pas grand-chose, mais sait-on jamais..."

"Vous avez bien fait.", le rassure l'artificier. "Nous allons voir ce qu'il en est."

Tandis que l'ingénieur s'attelle à la tâche, naviguant d'instrument en instrument, Ichnos s'installe dans un coin de la pièce, de manière à ne pas être dans son passage.

Les minutes passent, puis les heures. La gemme doit avoir traversé tous les appareils du laboratoire à présent. L'artificier la récupère, l'observe une dernière fois, et soupire.

Ichnos le devance : "Ce n'est qu'un caillou tiède et rien de plus, c'est ça ?"

"Je suis désolé, sa source de chaleur est insuffisante et probablement inexploitable en l'état. Voulez-vous la récupérer ?"

Machinalement, Ichnos reprend la pierre. Il ferme le poing pour mieux sentir sa chaleur avant de la ranger dans sa sacoche.

"Les nuits sont fraiches..."

L'artificier sourit.

Après l'avoir salué, Ichnos se dirige à nouveau vers le hall, qu'il traverse pour rejoindre l'un des couloirs du vaisseau.

Il compte se reposer dans ses quartiers avant de repartir en mission à l'extérieur. Un peu de sommeil lui fera le plus grand bien.

Il ne prête pas attention aux deux draeneï qui discutent, affolés, alors qu'il traverse le couloir : "Tu n'as pas vu passer la petite Siopi ? Ses parents sont inquiets, elle est introuvable..."

Ichnos s'arrête.

"Siopi ? Une gamine au teint clair, avec une tresse et des cornes comme ça ?", coupe-t-il en mimant la forme des cornes.

"Oui... Oui, c'est elle." lui répond le draeneï.

Immédiatement, Ichnos se met à courir vers l'extérieur du Génédar.

"Ecartez-vous !", crie-t-il aux draeneï qui croisent son chemin. L'explorateur file en ligne droite et continue sa route à la même vitesse, vers l'ouest, une fois à ciel ouvert.

Il ne lui faut pas longtemps pour atteindre les cavernes.

Différentes entrées lui font face. Laquelle choisir ? Laquelle Siopi a-t-elle emprunté ?

Ichnos inspecte chacune d'entre elles, en quête d'un quelconque indice, d'une piste à suivre.

Un cri d'effroi retentit dans l'une des cavernes. Siopi !

Le draeneï se précipite dans le tunnel et s'enfonce dans l'obscurité, arme à la main.

Il entend les sanglots paniqués de la petite fille, de plus en plus proches, à mesure qu'il progresse.

Finalement, Ichnos débouche dans une impasse. L'endroit n'est que faiblement éclairé mais il peut distinguer, au fond, blottie contre la roche, Siopi pleurant à chaudes larmes.

Face à elle, une créature semblable à un basilic se prépare à attaquer.

Sans attendre, Ichnos se rue sur l'animal. D'un bond, il frappe avec sa lance qui vient ouvrir en deux le crâne de la bête. Elle succombe avant même d'avoir pu se défendre.

La jeune draeneï se lève, pleurant de plus belle, avant de se jeter dans les bras de son sauveur. Lorsqu'elle lève la tête, c'est une gifle qui l'attend.

"Petite idiote !", lui crie Ichnos. "Te rends-tu compte de ce que tu as fait ?"

"Je suis désolée...", pleure Siopi. "Je... Je ne voulais pas, je voulais juste une jolie pierre."

Ichnos bout intérieurement, mais tente de maîtriser sa colère. Sans mot dire, il prend Siopi dans ses bras et la ramène vers le Génédar.

Ses parents l'accueillent avec un grand soulagement.

Elle est secouée, mais elle n'est pas blessée, c'est tout ce qui compte.

Ichnos s'en tient à une histoire brève. Inutile d'affoler les parents de la petite fille en parlant de la créature.

A en juger par l'empreinte de main sur la joue de Siopi, nul doute que l'aventure lui servira de leçon.

Quelques jours ont passé. Le Génédar est déjà reparti dans les étoiles.

A son bord, dans son lit, Siopi repense à cette aventure, à la terreur que lui instille encore l'image du basilic, mais aussi à son invincible sauveur.

Elle repense aussi à la beauté des pierres rouges de ce monde. Si seulement elle avait pu en emporter une...

Il est à présent l'heure de dormir. Siopi cherche sa peluche préférée, un vieux talbuk auquel il manque un oeil, qu'elle ne parvient pas à trouver sous les couvertures.

La porte de sa chambre s'ouvre alors. La mère de la jeune draeneï entre et s'assoie sur le côté du lit.

"Quelqu'un est venu aujourd'hui, il avait une surprise pour toi."

Elle lui tend alors sa peluche qui a maintenant retrouvé ses deux yeux. L'un des deux est rubicond. La petite fille, ravie, serre la peluche contre sa poitrine. Elle peut sentir la chaleur de la gemme contre son corps.

Cette nuit, elle s'endort sans peine et sans cauchemar.